Derechef

Peccadilles, indignations et autres petits textes philosophiques

03 novembre 2009

Les nains ont-ils plus le droit de polluer ?

two_towersLa question peut sembler saugrenue. Et pourtant, elle est plus que jamais d'actualité. En effet, l'article 5 bis de la loi de finance pour 2010, adoptée en première lecture à l'assemblée nationale, prévoit d'insérer dans le code des douanes un article 266 quinqies D (je sais, c'est super technique jusqu'ici, mais après ça se simplifie) qui vise à exempter de la taxe carbone les personnes de petite taille.

Rappelons que la taxe carbone, c'est entre autres, un supplément qui sera payé à la pompe lorsqu'on fera le plein, à condition qu'on ne soit pas routier, taxi, exploitant agricole, ou, donc, et c'est nouveau, nain. Pourquoi exempter certaines catégories de personnes de cette taxe carbone ? Parce qu'on leur reconnaît une nécessité absolue, inhérente à leur activité ou à leur nature, de faire le plein régulièrement, et pas seulement par plaisir ou par luxe. Moi, je peux bien la payer, parce que si j'étais pas une feignasse, je prendrais les transports en commun plutôt que ma voiture pour aller bosser. Mais les chauffeurs de taxi n'ont pas le choix. Et, apparemment, les nains non plus.

pompe_a_essenceOn peut certes se demander en vertu de quoi la nature des nains les empêche de prendre le train ou le métro. A la limite, s'ils exercent la profession de chauffeur de taxi, on comprend bien, mais dans ce cas, ils sont chauffeurs de taxi avant que d'être nains, et donc peuvent déjà au titre de leur activité bénéficier de l'exemption. Mais là n'est pas le propos. Si les députés en ont décidé ainsi, c'est certainement qu'il y a d'excellentes raisons techniques pour justifier le droit aux nains à polluer gratuitement. Enfin on peut le supposer.

Mais la mise en œuvre de cette exemption n'est pas prévue par la loi de finance, et c'est là que le bât blesse. Car la taxe carbone, on l'a vu, sera prélevée à la source sur la facture de carburant. L'exemption nécessite donc qu'un dispositif spécial soit mis en application pour permettre aux nains soit de ne pas la payer en premier lieu, soit de se la faire rembourser par la suite. On comprendra que la première solution est difficile à mettre en œuvre. Il faudrait en effet, dans chaque station service, installer des pompes spéciales pour les nains, et la société n'est manifestement pas prête à assumer le coût d'une telle mesure. Reste donc à trouver le moyen de rembourser après coup...

assemblee_nationale1Et là, on imagine assez bien une armée de nains, guidés par Eric Woerth et Christine Lagarde, se lancer à l'assaut de la forteresse de Total à la Défense, telles les troupes de Frodon lancées à l'assaut de Barad-Dûr, la tour de Sauron, brandissant leurs tickets de station service pour exiger le remboursement de la taxe.

On l'aura compris, on est tout de même assez proche du grand n'importe quoi, et il est regrettable que certains députés puissent se croire autorisés à s'amuser à déposer des amendements placés aussi haut sur l'échelle de l'ineptie. Reste à espérer que le Sénat ou la commission mixte paritaire trouve le courage d'annuler les amendements de ce genre. Mais c'est pas gagné d'avance...

26 juin 2009

Démagogie en forme d'œuf

Comment peut on accepter qu'en Martinique, 10 % seulement des volailles consommées soient élevées sur place, alors que quand on regarde les œufs, le taux est de 80 % ? Il faut bien que quelqu'un les fasse, ces œufs !

sarko_poussinVoici, de mémoire (il faudrait que je parvienne à retrouver les paroles exactes, mais c'est à peu près ça), un extrait des déclarations que Nicolas Sarkozy vient de faire là-bas... A la limite, ça se suffit, mais j'ai envie d'en rajouter une petite couche quand même. Etant au moins aussi spécialiste que notre Président en économie volaillère, je suis largement assez légitime pour commenter... Donc, admettons que nos compatriotes ultramarins bouffent leurs pondeuses (oui, car quand Sarkozy dit qu'il faut bien que quelqu'un les fasse, ces œufs, c'est évidemment des poules qu'il parle... enfin je crois, c'est vrai que vu ses compétences en génétique, on peut en douter) pour éviter d'importer de la volaille. Et bah du coup, y aura plus assez de cocottes pour les faire, les œufs, et il va falloir en faire venir d'ailleurs ! Diantre, que voilà un problème inextricable...

Nicolas Sarkozy, ou comment réinventer la question de l'œuf et de la poule...

Edit : Même Le Monde en parle. Et eux ils ont pu prendre des notes pour avoir la phrase exacte.

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12 septembre 2008

5-5=-5

ferrerLa commission européenne essaie actuellement de forcer les opérateurs de téléphonie mobile à diminuer les coûts de terminaison. Evidemment, les opérateurs de téléphonie mobile rechignent, expliquent que ce n'est pas possible, et que si on les force à les diminuer, en gros, ils seront obligés d'augmenter les tarifs d'autres frais pour compenser, et que du coup ce sera la même chose pour le client...

Bon. Les coûts de terminaison, qu'est-ce donc ? C'est le prix qui est facturé par un opérateur A à un opérateur B quand un client du réseau B appelle un client du réseau A. Et inversement. Bien évidemment, ce coût est répercuté sur la facture du client qui appelle.

Le truc amusant, c'est que si un client de A appelle un autre client de A, il n'y a pas de coût de terminaison. J'en conclus donc, peut-être bêtement et hâtivement, mais qu'à cela ne tienne, je le conclus quand même, qu'il n'y a aucune justification technologique à ce coût, et qu'on est en plein dans l'artificiel. Mais même dans l'éventualité où cette conclusion serait erronée, regardons ce qu'il en est si l'on considère ces coûts de façon globale. Imaginons, pour simplifier, que le marché est équitablement réparti entre les deux seuls opérateurs A et B. Statistiquement, si je suis client de A, la moitié des appels que je reçois proviennent d'un client de B. Donc, B reverse à A, mettons, 5 centimes pour la moitié des appels que je reçois. Mettons que je reçoive deux appels, B pompe à ses clients 5 centimes, qu'il reverse à A. Inversement, la moitié des appels que j'émets sont à destination de clients de B. Mettons que j'émette deux appels, A me pompe 5 centimes qu'il reverse à B.

orangeGlobalement, donc, j'ai perdu 5 centimes. Mon correspondant client chez B aussi. A n'a rien perdu, rien gagné, et B non plus. Le truc, par contre, c'est qu'ils ont tout les deux augmenté leur chiffre d'affaire de 5 centimes, même si leur bénéfice net reste le même (5-5=0, ce qui est arithmétiquement imparable). Mais le chiffre d'affaires, c'est une donnée importante, ça fait plaisir aux actionnaires, à la bourse, aux banques, au Grand Capital, c'est de l'argent qui vit, c'est beau, c'est grand, c'est fort.

Par contre, moi, j'ai perdu 5 centimes (5-5=-5, ce qui est arithmétiquement improbable, mais économiquement, donc, tout-à-fait acceptable). Pour rien. Juste pour que l'argent circule.

Et même si on me démontre qu'il y a une faille dans ce raisonnement, ce qui reste possible, il restera toujours cette petite impression de s'être fait, un tout petit peu au moins, légèrement gomorrhiser...

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10 avril 2008

Travailler moins pour éviter la guerre

larrouturouJ'ai entendu ce soir sur la RTBF une longue interview de Pierre Larrouturou. Pierre Larrouturou, c'est cet homme que les médias, il y a quelques années, avant même les 35 h, nous présentaient comme un gentil illuminé qui n'avait à la bouche que ces quatre mots "semaine de quatre jours". Idée qui me plaisait bien à l'époque, parce qu'une semaine de quatre jours, ça fait un week-end de trois jours (oui, à l'époque je savais déjà compter... d'ailleurs, à la réflexion, cette idée me séduit toujours...). Et puis les médias se sont lassés, la mode est passée, et on n'a pour ainsi dire plus entendu parler de ce gars, sauf vaguement avant la dernière élection présidentielle lorsqu'il avait menacé de s'y présenter en appelant à ne pas voter pour lui.

Après une journée de boulot, dans la voiture, quand j'entends le journaliste annoncer qu'un type va parler d'économie pendant 20 minutes, je dois bien admettre que j'anticipe que ça va très vite me gonfler et que je ne vais pas tarder à changer de station...

Et bien non. En fait ce type est passionnant, et il parvient à raconter, sans vulgariser et sans user du raccourci ou de l'amalgame facile, des tas de choses sur l'économie que je parviens à comprendre (et pourtant l'économie c'est pas mon fort, j'ai eu 9 au bac...). Quand on lui laisse le temps de s'exprimer, ce qui est plus la coutume dans les médias belges que dans les médias français, il parvient à montrer comment la réduction du temps de travail n'est pas une incitation à glander un jour de plus par semaine, mais plutôt une conséquence souhaitable des gains de productivité, un élément parmi d'autres d'une réforme urgente et nécessaire du libéralisme en vue de favoriser une meilleure redistribution des richesses sous peine de foncer vers l'explosion sociale multi-échelles (enfin forcément, là, je résume et je raccourcis, mais je maîtrise moins bien le sujet...).

Apparemment, tous ses arguments ont été développés dans son Livre noir du libéralisme que j'envisage sérieusement de me procurer. Pour ceux qui veulent mieux savoir de quoi je parle, on peut écouter pendant quelques jours l'interview sur le site de la Première. Sélectionner "Face à l'info : jeudi" dans la rubrique "Magazines d'info / La semaine".

NB : On notera lors de l'écoute de l'interview l'élégance du français qui à la radio belge fait l'effort de dire nonante-cinq plutôt que quatre-vingt-quinze.

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27 mars 2008

Concurrence libre et non faussée - 2

lagarde3Résumé de l'épisode précédent : le gouvernement, se trouvant dans l'incapacité de satisfaire la promesse du candidat Sarkozy d'améliorer le pouvoir d'achat des français, conseille aux citoyens-consommateurs de faire jouer la concurrence.

La concurrence est un pilier du capitalisme et de l'économie de marché. Rappelons que le capitalisme a fait moins de morts que le communisme, et que l'économie de marché, on est dedans et on n'en sortira pas, alors faut bien l'accepter. On nous a toujours expliqué que la concurrence était in fine toujours au bénéfice du consommateur. Bah oui, parce que le consommateur, il est pas con, et s'il a plusieurs fournisseurs pour un produit, il va acheter au meilleur rapport qualité-prix proposé. Donc oui, ça marche...

A condition que 1/ le consommateur dispose au moment de son achat de toutes les informations qui lui permettraient de faire le meilleur choix et 2/ qu'il n'y ait pas d'entente entre les fournisseurs, qu'ils jouent tous le jeu du marché.

Et c'est là qu'on se dit qu'en fait, ça marche pas (attention, que les ennemis de l'anadiplose sautent ce paragraphe). Ça marche pas, d'abord parce que la condition 1 est difficile à remplir, même avec internet. Et ça marche pas parce que la condition 2 n'est jamais remplie. Elle n'est jamais remplie parce que la concurrence libre et non faussée n'existe pas. La concurrence libre et non faussée n'existe pas parce que, pour la grande majorité des biens de consommation, l'offre est contrôlée par un oligopole, et qu'entre gens de bonne volonté, il est toujours possible de s'entendre pour partager le gâteau.

colgateAh bah oui, mais non, mais ils ont pas le droit! Oui, c'est vrai, ils ont pas le droit, et ils t'emmerdent... Regarde les affaires d'entente entre les géants du détergent (Colgate, Henkel, Unilever...) ou entre les opérateurs de téléphonie mobile. Ils le savaient, qu'ils avaient pas le droit de s'entendre sur les prix. Mais ils n'en ont clairement rien à foutre du bénéfice du consommateur. A volume de marché égal (mettons une base 100), si quatre fournisseurs s'entendent sur des prix similaires, en moyenne ils gagnent 25 chacun. S'ils jouent le jeu de la concurrence et se livrent à une guerre des prix, il y aura combien à gagner ? Mettons que la guerre soit sanglante, vraiment au bénéfice du consommateur, si bien que les prix perdent 40 %, et qu'un des fournisseurs rende l'âme. Il reste 60 à se partager à trois, soit 20 en moyenne. Donc moins. Donc ils ne vont pas le faire, ils vont s'entendre, et ils vont essayer de se démerder pour que ça ne se voie pas (même si, des fois, ils se font pécho quand même).

OK, mais imaginons qu'on ne soit pas dans une situation d'oligopole, et qu'il y ait une infinité de fournisseurs ? Alors, déjà, infini c'est pas possible, mais surtout, dans ce cas, la fameuse condition 1 devient rigoureusement et définitivement impossible à remplir. Impossible de disposer de toute l'information sur toutes  les offres possibles. Donc pas besoin, encore une fois, pour les fournisseurs de faire vraiment baisser les prix, et le consommateur ne peut compter que sur le facteur chance pour s'en tirer à bon prix.

Finalement, existe-t-il une autre solution que le monopole d'état pour garantir au consommateur un prix juste et bas ?

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Concurrence libre et non faussée - 1

lagarde2Ce soir, Christine Lagarde est en train de nous expliquer plein de chose chez Arlette Chabot. Christine Lagarde, c'est la ministre de l'économie. C'est elle qui nous a expliqué il y a quelques mois que si on trouvait l'essence trop chère on n'avait qu'à aller bosser à bicyclette. J'aime bien quand Christine Lagarde explique des choses, parce que c'est toujours très facile à comprendre. Et puis généralement elle développe des argumentaires solides. C'est pas le genre à faire dans le raccourci ou dans l'amalgame, à faire du cas particulier qui lui va bien une généralité. Par exemple, quand on lui parle des temps partiels subis dans la grande distribution, elle explique que dans le secteur de l'aide à la personne il y a des temps partiels non subis, alors, hein, pas d'amalgame, je vous prie, tous les temps partiels ne sont pas subis, que diable! ...  Encore heureux, qu'il y a des temps partiels non subis, bordel! Le scandale c'est simplement qu'il y en ait autant qui le soient! Mais là n'est pas le propos.

trolleyLe propos est le suivant. Christine Lagarde nous a encore ressorti le bon vieil argument diablement à la mode dans ce gouvernement (cf. la communication de Luc Chatel sur dailymotion). Consommateurs, faites jouer la concurrence!  Vous verrez comment votre pouvoir d'achat il sera beau, il sera grand, il sera fort! Alors c'est quoi, faire jouer la concurrence pour le consommateur ? Quand c'est pour acheter une voiture ou un congélateur, je vois bien comment ça se passe, on compare plusieurs modèles et plusieurs distributeurs, ça marche à peu près, OK. Mais quand il s'agit de faire les courses de tous les jours ? On est supposé aller acheter les yaourts chez Leclerc, l'eau de Javel chez Lidl, les légumes au marché, les fruits chez Carrefour et la viande chez Champion ? Mais qui a le temps de faire ça ? Dans le Charlie-Hebdo de la semaine passée, il y a un reportage sur des gens qui ont le temps de faire ça. Et apparemment c'est pas simple. Enfin, c'est pas tellement qu'ils ont le temps, c'est surtout qu'ils n'ont pas le choix alors ils se débrouillent pour le trouver, le temps. Mais ça reste du bricolage pour des économies de bouts de chandelle. Des économies qui permettent à certains de passer péniblement le seuil de la survie, certes, mais au prix de quels efforts et de quelles privations, et de toute manière simplement du bricolage.

Mais quand est-ce qu'ils arrêteront de nous prendre pour des cons ?

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20 février 2008

Travailler moins pour gagner mieux

Il est parfois malaisé de suivre le rythme soutenu des polémiques suscitées par les déclarations du président ou par les conséquences des actions de son gouvernement. L'une des polémiques du moment est liée au nombre d'heures supplémentaires effectuées dans le cadre du nouveau dispositif instaurant leur défiscalisation. Dispositif mis en place dans le respect d'un des leitmotivs de la campagne du candidat Sarkozy :"Travailler plus pour gagner plus".

lagardeIl y a eu des heures supplémentaires défiscalisées qui ont été prestées ces derniers mois en France. Bien. Combien ? Peu importe, si on veut vraiment savoir, Christine Lagarde a donné des chiffres, avec des pourcentages qui font scientifique. Ces heures supplémentaires auraient-elles été, de toute manière, défiscalisées ou non, prestées quand même ? Certains le prétendent, et on est effectivement en droit de le penser. Dans ce cas, les travailleurs ont bien travaillé plus, et il y a bien quelqu'un qui a gagné plus. Mais peut-être pas ceux qui ont travaillé plus.

Mais ce fameux slogan, qui a manifestement contribué à faire gagner Sarkozy, est-il bon ? Certes, arithmétiquement parlant, si on travaille plus, et qu'on est payé à l'heure de travail, on gagne plus. Combien plus ? Ben, ça dépend de ton salaire horaire, en fait... Faisons un petit calcul à la louche, pas un vrai calcul d'économiste diplômé, un qu'on peut faire sur un coin de table, rapidement, avec un papier et un crayon, qui ne rend peut-être pas exactement compte de la réalité, mais qui donne une petite idée en première approximation. Prenons un gars qui travaille 8 h par jour, pendant 5 jours par semaine, et qui au bout de chaque mois qui compte précisément 4 semaines gagne 1000 €. Y en a qui gagnent moins. Mettons que le gars, il fasse une heure sup par jour, c'est déjà beaucoup. Ca lui en fait 20 dans le mois. Si tu fais une règle de trois, comme t'as appris à l'école, tu vois très vite que le gars, maintenant il gagne 1125 € par mois.  C'est clair, c'est plus, Sarkozy a tout bon.

temps_modernesMaintenant, imaginons que le même gars, il a pas fait ses 20 h sup. Au lieu de ça, pendant deux ans, il a pris des cours du soir, pour avoir un plus gros diplôme, qui lui permette de trouver un boulot peut-être plus intéressant, et en tout cas certainement mieux payé. Mettons que le gars ça lui prenne 10 h dans le mois, sa formation, pendant deux ans. En deux ans, il a perdu, quoi, 125 X 24, quelque chose comme 3000 €. Enfin, il les a pas vraiment perdus, il les a juste pas gagnés. Bon. Et sa formation ? Bah, deux fois moins de temps, donc, déjà, deux fois moins crevé, il est, le gars. Et en plus, la formation, c'est son employeur qui la paye, au moins en partie. Mettons qu'avec son nouveau diplôme, le gars il trouve un nouveau taf, où il gagne 1300 € par mois. Ca reste raisonnable, comme supposition. En  10 mois, il a rattrapé son manque à gagner des deux années d'avant. Si tu regardes bien, il est assez rapidement gagnant. Sans compter qu'il s'est enrichi intellectuellement, qu'il a appris de nouveaux trucs, et que maintenant il gagne plus en travaillant pas plus, juste en travaillant différemment, il a plus de temps pour ses loisirs que s'il était encore en train de faire ses heures sup. En plus, en ne faisant pas d'heures sup, il n'a pas la vague impression que, peut-être, d'une certaine manière, et en partie, il empêche plus ou moins un chômeur de trouver du boulot.

On pourrait donc dire (cf. le titre) "Travailler moins pour gagner mieux".

Alors, d'accord, le calcul est rapide, certains arguments sont un peu rapides également, et ce raisonnement ne peut peut-être pas s'appliquer à toutes les situations. J'en conviens aisément. Mais le raisonnement du "Travailler plus pour gagner plus" est-il moins biaisé et plus universel ? Je ne le crois pas. "Travailler plus pour gagner plus", c'est avant tout travailler plus pour que toi tu gagnes un tout petit peu plus, que ton patron et ses actionnaires gagnent un peu plus plus, et surtout, surtout, que tu n'aies pas le temps de penser trop, déjà ne pas penser à à quoi sert ton travail, mais surtout ne pas penser à autre chose. De toute manière, quand tu rentres chez toi, TF1 prend le relais pour bien t'occuper à ne pas penser avant que tu n'ailles te coucher (tard parce que tu as travaillé plus) pour te lever tôt.

Posté par thal12 à 21:08 - Economie de comptoir - Commentaires [0] - Permalien [#]
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