Marmenteau    n.m.    (1508)  arbre qu'on n'a pas le droit d'abattre

fragonardEn 1498, Louis XII, qui deviendra le Père du Peuple, succède sur le trône de France à son malheureux cousin Charles VIII, qui, affable et pétri de qualité, était tout sauf un bas du front. Ce qui causa sa perte. Eût-il en effet été bas du front qu'il n'eût probablement pas heurté d'icelui quelque fatal encadrement de porte, mais c'est une autre histoire. A cette époque, Urbain Grandiseux menait grand train à Vincennes où il possédait moult terres fertiles qui lui prodiguaient une fortune peu coûteuse d'efforts car il les louait comme métairies. L'argent appelant l'argent et par suite la soif d'argent, Urbain Grandiseux souhaitait ardemment étendre ses terres sur les bois environnants, qui appartenaient au souverain. Celui-ci lui étant redevable pour une affaire qu'il convient de taire encore aujourd'hui (bien que l'on puisse s'autoriser à penser que le fait que Paterne Petitfaiseux, le cousin d'Urbain, eût été chef-maçon royal sous le règne de son prédécesseur ne soit pas totalement étranger à ces petits arrangements), s'il ne pouvait décemment lui céder ses terres, lui en accorda sans difficulté l'usufruit.

Cependant, la succession étant fraîche, le monarque n'avait pas encore eu le temps de changer totalement l'éxécutif et de remplacer tous les conseillers de son défunt cousin. Or, s'il était un sujet dont Louis XII n'avait cure, c'était bien celui des forêts, plus intéressé qu'il était par l'entretien des voies carrossables. Chacun peut bien avoir sa marotte, celle de Louis XII c'était les routes, après tout pourquoi pas. Le responsable des forêts hérité de Charles VIII se nommait Eudes Marment, il était resté fidèle par-delà la mort à son ancien maître, mort qu'il avait toujours soupçonnée de n'être pas qu'accidentelle. Bien que n'ayant aucune preuve d'un quelconque complot ourdi par Grandiseux et Petitfaiseux en faveur du nouveau souverain, ses doutes étaient forts, et il s'était juré de procurer à Urbain Grandiseux toute la gêne qu'il lui était possible de lui procurer. Aussi fit-il des recherches sur les bois que celui-ci souhaitait convertir en terres cultivées, et résolut-il que ceux-ci abritaient précisément le chêne sous lequel Saint-Louis rendait la justice quelques siècles plus tôt, et qu'à ce titre il ne saurait être question, dans un souci de conservation du patrimoine, de déboiser ces lieux. Bien qu'usufruitier du terrain, Urbain Grandiseux ne put donc jamais y cultiver quoi que ce soit d'autre que des glands, ce qui rapporte peu. Voulant contempler la cause de son infortune, Urbain Grandiseux se rendit devant l'arbre défendu par Eudes Marment, et il est dit qu'il s'exclama alors, dans une frénésie néologisante :  "Quoi! C'est donc ce marmenteau qui serait cause de mes tracas!". Et c'est donc depuis lors que les gens qui éprouvent le besoin de désigner un arbre que l'usufruitier d'un terrain se voit refuser le droit d'abattre utilisent le mot marmenteau

Illustration : Urbain Grandiseux vérifiant la hauteur d'une porte.