Dérapage  n.m.   Propos, souvent au second degré, parfois de mauvais goût et systématiquement politiquement incorrect tenu par une personnalité publique qui ne s'est pas rendu compte que ledit propos serait capté par le micro des journalistes.

chiracOn se souvient de Brice Hortefeux fustigeant les Auvergnats d'un coupable "quand il y en a un, ça va, c'est quand il y en a plusieurs qu'il y a des problèmes". On se remémore Manuel Valls et son "tu me mets quelques blancs, des whites, des blancos". On retiendra maintenant Jacques Chirac avec son abracadabrantesque "à mon avis il n'est pas tout à fait né natif de là...". Si on en rit souvent, il est de bon ton de toujours tartuffier l'indignation face à de tels propos.

On peut se demander toutefois si tous ces dérapages d'un nouveau genre méritent réellement, et également, l'unanime levée de boucliers qu'ils suscitent. Dérapages d'un nouveau genre, car il n'y a pas si longtemps, ce que l'on nommait dérapages, c'était des propos réfléchis et assumés, prononcés publiquement et volontairement devant les caméras, comme le "Durafour crématoire" de Le Pen ou le "bruit et l'odeur" de Chirac. Là, évidemment, quand on n'était pas en phase avec le locuteur, il était tout à fait légitime de s'insurger. Mais qu'en est-il pour ces petits offs ?

hortefeuxIls sont certainement condamnables lorsqu'ils sont indéniablement l'expression, en accord avec leurs actes et leurs comportements, de la nature profonde de ceux qui les profèrent. Ainsi, le "casse-toi, pauvre con" du toujours très digne et très classieux Nicolas Sarkozy était-il réellement emblématique du personnage, et la petite vanne un peu raciste d'Hortefeux prend-elle une signification toute particulière chez quelqu'un qui a accepté un poste de Ministre de l'Identité Naztionale... Mais les dernières sorties de Valls ou de Chirac, pour malheureuses qu'elles puissent être, ne semblent somme toutes pas révélatrices de grand chose, et il conviendrait, pour tous ces dérapages, de ne pas faire autre chose que d'en rire lorsqu'ils nous semblent drôles, et de les ignorer lorsque ce n'est pas le cas, pour se concentrer sur les actes et les paroles volontaires et assumés, autrement plus importants et significatifs.

On l'aura compris, j'aurais donc personnellement une certaine indulgence pour le dérapage de Chirac, que je considère plus comme une vallserie que comme un hortefisme, ce qui me semble tout bien considéré nettement moins grave...