29 janvier 2009
Des négros avec une attitude
En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre,
n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de
toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main
droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu
là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ? -- J'attends mon
maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. --
Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ? -- Oui,
monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de
toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux
sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main
; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis
trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en
Europe.
Trois fois nègre, en si peu de phrases ! Quel mot odieux. La preuve en est faite, celui qui a écrit ce texte est un dangereux raciste, partisan de l'esclavage, et ses œuvres entre toutes, comme celles de ce sinistre facho ségrégationniste de Twain outre-Atlantique, doivent être bannies des salles de classe de nos chères petites têtes blondes. Quand je pense qu'on m'a forcé à lire ce texte au Lycée !
Autodafons, autodafons !
Nazi, Voltaire !
27 janvier 2009
Niggaz With Attitude
Un grand merci à John Fowley de nous rappeler qu'en dépit du départ de George W. Bush il reste des crétins aux Etats-Unis d'Amérique. John Fowley est un enseignant américain qui souhaite faire retirer des programmes scolaires divers classiques de la littérature américaine au prétexte qu'on y trouve un peu trop fréquemment le mot nigger, parmi lesquels Les aventures d'Huckleberry Finn de Mark Twain. Le mot nigger était déjà peu politiquement correct, mais maintenant qu'Obama est président, vous comprenez...
Rappelons que dans Les aventures d'Huckleberry Finn, Huck passe l'essentiel du roman à aider Jim, un esclave noir en fuite. Difficile d'en faire un emblême de la discrimination raciale... Au 19ème siècle, aux Etats-Unis, un noir est un nigger, surtout si c'est un esclave, c'est certainement regrettable mais c'est ainsi, et on ne voit pas pourquoi Twain aurait dû s'abstenir d'utiliser ce mot.
D'ailleurs, Fowley ne prétend pas que ce roman soit un livre raciste. Il dit simplement qu'il a du mal à faire comprendre à ses élèves et à leurs parents qu'il ne l'est pas, parce que, vous comprenez, il y a écrit nigger dedans. Si c'est ça, on peut aussi bien ne pas interdire le livre mais remplacer nigger dans toutes les éditions futures par african-american, ça aurait bien de la gueule, et puis ce serait politiquement (à défaut d'historiquement, mais qui se soucie de l'histoire ?) correct. Ou alors, j'ai une autre solution. On pourrait suggérer à John Fowley de changer de métier, s'il n'est pas capable d'apprendre à ses élèves qu'un mot écrit n'est rien hors de son contexte... Crétin, va, t'as bien mérité ta place au Conservatoire des Etalons de la Connerie Universelle...
21 janvier 2009
Barack et Oulematou
Hier, Barack Obama a prêté serment et est devenu président des Etats-Unis, l'homme le plus puissant du monde, donc, diront certains. Un moment assurément historique, symbole notamment des avancées de la cause des noirs dans les pays occidentaux au cours du siècle dernier. C'est formidable. Mais tout n'est pas gagné pour autant.
Au milieu du brouhaha médiatique saluant l'évènement et laissant peu de place au reste de l'actualité, une petite information dont j'ai eu de la peine à trouver confirmation. La famille d'Oulematou Niangadou ne sera pas indemnisée. Oulematou Niangadou était une jeune nounou malienne, assassinée ainsi que l'enfant dont elle s'occupait au hasard des rues d'Anvers par un nazillon qui voulait casser de la race impure le 11 mai 2006. Hans Van Themsche a été condamné à perpétuité, et des dommages-intérêts devaient être versés aux familles des victimes.
Seulement, voilà, on a appris récemment que ces dommages-intérêts ne seraient pas versés à la famille d'Oulematou, parce qu'elle était en situation irrégulière au moment où elle a été tuée. Son visa avait expiré depuis peu. Dura lex sed lex. On en conclut donc qu'un sans-papiers n'est pas une victime comme les autres, n'est pas une personne comme les autres. Elle n'a pas de droits, pas même après sa mort. En fait, Hans Van Themsche n'a tué ce jour-là qu'une seule personne, la petite Luna, mais pas Oulematou, puisqu'elle n'existait pas. Allons jusqu'au bout de la logique, et réclamons une révision du jugement de Van Themsche. Après tout, s'il n'a tué qu'une personne et pas deux, peut-être ne mérite-t-il pas vraiment une peine aussi lourde...
Pas vraiment de rapport avec Obama. Pas vraiment de rapport avec la cause des noirs dans les pays occidentaux. Sauf que quand on est noir, on a un petit peu plus de chances d'être sans-papiers. On a un peu plus de chances de n'être personne.
15 janvier 2009
Dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même)
Solutionner : v. tr. : résoudre ses problèmes de conjugaison par l'utilisation d'un néologisme abject
Solutionner appartient à la triste espèce des verbes inutiles du premier groupe, témoins de la déliquescence de la langue, comme croiver ou bouiller. A la différence près que solutionner est, lui, référencé dans la plupart des dictionnaires les plus fréquentables, même si ceux-ci prennent généralement la peine de déconseiller son usage. Solutionner a été inventé par un semi-analphabète, très probablement rédacteur de directives à destination des fonctionnaires des impôts, incapable de sortir son Bescherelle pour savoir comment conjuguer à la première personne du pluriel l'élégant verbe résoudre, qui se suffit à lui-même et témoigne de l'inutilité de solutionner en ceci qu'il lui est strictement synonyme. Cette désolation aurait dû tomber dans un oubli bien mérité, si quelque journaliste, lui-même par nature vocabulistiquement limité et influençable, n'avait par le plus malencontreux hasard eu connaissance d'une note rédigée par ce triste sire. La contagion qu'on imagine s'ensuivit naturellement, et de presse locale en journal télévisé, de journal télévisé en plateau de talk-show sociétal produit (voire présenté) par Jean-Luc Delarue, solutionner a supplanté résoudre dans le langage des parle-petit, et parvient maintenant à gangréner jusqu'au discours des élites.
Amis, résolvons ensemble cette anomalie linguistique de manière pacifique en offrant à nos connaissances allergiques aux verbes des deuxième et troisième groupes la solution à leur handicap. Un Bescherelle. En pleine tronche.
14 janvier 2009
Sherlock meets Big Brother
Laissons-nous tous autant de traces que Marc L sur internet ? Le Tigre pourrait-il savoir ce que j'ai fait le 13 avril 2004 ou le 19 juin 2002 (moi-même je me souviens bien de ce que j'ai fait le 19 juin 2002, mais j'aurais besoin qu'on me rafraichisse la mémoire pour le 13 avril 2004) ? Sait-il quel tome de La patrouille des libellules manque à ma collection ? Le modèle de mon téléphone portable peut-il lui être connu ? Peut-il citer avec certitude un film que j'ai vu plus de dix fois ? Pourquoi la chanson waiting for the sun n'est-elle pas sur l'album waiting for the sun ? Si Raphaël M. trouve les réponses à ces questions, merci à lui de me le faire savoir avant de les publier...
Pourquoi détester les homosexuels
Tu ne supportes pas les homosexuels, mais tu ne sais
pas vraiment bien pourquoi, et lors de réunions sociales avec tes amis
bien-pensants, tu te retrouves bien vite penaud et à court d'arguments
pour expliquer ta haine de l'homosexuel. Le MAUHCA, manuel
d'altérophobie à l'usage des haineux à court d'arguments, est là pour
t'aider à assumer fièrement ton homophobie primaire.
1-
Les homosexuels brouillent les statistiques. Reiser disait: 2 pédés qui s'aiment, 2 femmes de plus pour moi. Certes, mais c'était sans compter les lesbiennes. On ne sait plus où on en est. C'est déroutant.
2- Les homosexuels s'approprient la culture avec leurs icônes gays. Il est devenu impossible de dire qu'on apprécie Kylie Minogue, Mylène Farmer ou Les demoiselles de Rochefort sans passer pour un pédé. C'est pénible.
3- Les homosexuels sont tous des pervers déviants dangereux et criminels. C'est déplorable. Heureusement, certains pays l'ont bien compris et ont criminalisé l'homosexualité. Ainsi, au Sénégal, neuf homosexuels viennent d'être condamnés à huit ans de prison pour acte impudique, acte contre nature et association de malfaiteurs. Bravo le Sénégal.
Non, décidément, les homosexuels sont en tout point détestables. Seul Woody Allen pourrait à la rigueur relever le niveau, malheureusement il n'est pas homosexuel (ou alors il s'est super bien débrouillé pour que je ne sois pas au courant).
09 janvier 2009
Il y a maintenant près de cinquante ans de cette aventure, et je n'ai pas peur d'être aujourd'hui puni derechef pour le même fait. Hé bien, je le déclare à la face du Ciel que j'en étais innocent [...]
07 janvier 2009
Vade retro oestrogenas
Quand des mecs qui ont mis quatre siècles à admettre du bout des lèvres que Galilée n'avait peut-être pas totalement tort en disant que la Terre tournait autour du soleil s'amusent à se prendre pour des scientifiques, ça me fait toujours doucement rigoler. Le Vatican s'érige ces derniers temps en défenseur de l'environnement, pourquoi pas. Et pour s'attaquer aux problèmes environnementaux, la Bande à Benoît commence par dénoncer les effets dévastateurs de la pilule sur l'environnement. Pour résumer ce qu'on peut trouver quant au contenu de l'article (l'article lui-même semblant introuvable car le site de l'osservatore romano ne dispose pas d'archives exhaustives), disons que les tonnes d'hormones relâchées dans la nature à travers les urines des femmes qui prennent la pilule seraient un des principaux fléaux écologiques du monde. Ben voyons. Aucun rapport évidemment avec le fait que l'église catholique condamne a priori toute contraception, hein, c'est juste du scientifique et de l'écologique...
Petit calcul rapide en ce qui concerne les tonnes d'hormones. En moyenne, les pilules actuelles contiennent à peu près 20 µg d'oestradiol par comprimé. Une femme sous pilule prend 21 comprimés par mois 12 mois par an. En admettant qu'elle ne métabolise rien et qu'elle rejette tout en faisant pipi, elle relarguerait donc grosso modo 5 mg d'hormones par an. Considérons maintenant la population mondiale. 6 milliards d'individus, soit à peu près 3 milliards de femmes. Une approximation comme ça, à la louche, on va dire qu'il y en a 10 % qui prennent la pilule. Et à mon avis je suis très très large. Mais mettons. Soit 300 millions fois 5 mg, ça nous donnerait donc, dans le pire des cas, 1,5 t d'hormones venues des contraceptifs oraux rejetées dans la nature par l'urine des pêcheresses...
Une tonne et demi... pas de quoi en faire des tonnes...
Pedro José Maria Simon Castellvi me semble donc être un gros guignol, qui mérite à ce titre d'être le premier à figurer au Conservatoire des Etalons de la Connerie Universelle pour l'année 2009.
05 janvier 2009
Au pire, qu'est-ce qu'on risque ?
Le couperet tombe aujourd'hui. Plus de publicité (enfin le soir, pour commencer) sur France 2, 3, 4, 5 et Ô. Le contrat, éxécuté par Sarkozy, aurait été lancé par TF1, jaloux de voir ses concurrents gagner aussi de l'argent facile. Vrai ou pas, on ne le saura pas, motus et bouche cousue. La question qui se pose maintenant est la suivante : la fin de la publicité va-t-elle mener la télévision publique sur les sentiers du désastre ?
Donc, plus de pub sur le service public. Donc moins d'argent pour payer les droits de diffusions de blockbusters. Au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Moins de Besson et plus de Capra ? Moins d'argent aussi pour payer les animateurs producteurs d'émissions de divertissement. Au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Moins de Drucker et plus de Taddeï ? Moins de reportages sur les dégâts des eaux chez Courbet, et plus sur les aztèques dansants à Envoyé Spécial ? Que des mauvaises nouvelles, donc...
On est aussi mort de trouille du fait que le président de France Télévisions sera maintenant nommé et révocable par le Président de la République (soit, pour le moment, Nicolas Sarkozy, personne n'est parfait). Dès lors, la télévision publique perdrait son indépendance. Mais franchement, au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Une ligne éditoriale qui perd son indépendance (qui reste à démontrer) vis-à-vis du pouvoir mais s'affranchit de la coupe des annonceurs perd-elle vraiment beaucoup en crédibilité ? Et puis, si on veut de l'information vraiment indépendante, il reste, divine providence, TF1...

