08 novembre 2009
Forza Gwada
Depuis toujours, les compositions des gouvernements français sont faites de manière à éviter de mettre un ultra-marin à la tête de l'Outre-mer. La raison en est simple, il s'agit d'éviter que les Guadeloupéens ne fassent la gueule d'être dirigés par un Réunionnais, ou encore d'éviter une émeute en Guyane au cas où un Martiniquais aurait la place. Parce que ces gens-là craignent, à tort ou à raison, qu'un ministre ultra-marin à l'Outre-mer ne favorise outrancièrement sa collectivité d'origine au détriment des autres.
Nicolas Sarkozy, qui n'hésite jamais à rompre avec l'une ou l'autre tradition républicaine, a cru bon de nommer Secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, en juin dernier, Marie-Luce Penchard, Guadeloupéenne contre laquelle je n'ai rien de spécial a priori, si ce n'est peut-être qu'elle est la fille de Lucette Michaux-Chevry, mais bon, on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille, on choisit pas non plus les trottoirs de Manille, et ce n'est pas parce qu'on est fils ou fille de qu'on est moins compétent, Jean Sarkozy nous l'a bien prouvé.
Quand je dis qu'il s'agit là d'une première, j'éxagère il est vrai un tantinet. Il y a quelques précédents de préposés à l'Outre-mer nés en dehors du sol métropolitain. Plus précisément, depuis la guerre, il y en avait déjà eu quatre. Louis-Paul Aujoulat, né à Oran puis établi comme médecin au Cameroun, Secrétaire d'Etat de 49 à 53. Mais il s'agit là d'un autre temps, on ne peut pas comparer. Hamadoun Dicko et Mamadou Keïta, deux maliens Secrétaires d'Etat en même temps (?) pendant quelques mois en 57. Même commentaire. Et Hervé Mariton, Ministre 2 mois en 2007, qui était né à Alger, mais c'était quatre ans avant l'indépendance de l'Algérie, alors on m'excusera de penser qu'il est difficile d'imaginer que cela ait pu influencer ses choix politiques sur l'Outre-mer. Surtout qu'en deux mois, il a pas dû être obligé d'en faire des masses, des choix politiques...
Donc, clairement, Marie-Luce Penchard est la première chargée de l'Outre-mer à en être issue. Et Nicolas est tellement fier d'elle qu'il l'a promue de Secrétaire d'Etat à Ministre pas plus tard qu'avant-hier. Ce pourquoi, entre autres, elle était invitée au Soir 3 hier soir. Et là, on a pu l'entendre prononcer cette phrase étonnante : "Je veux servir mon pays, je veux servir la Guadeloupe, je veux servir ce département [...]", sans mentionner les autres. Les Guyanais et les autres apprécieront sans doute...
Que diraient en effet les Auvergnats (auxquels il a déjà fait tant de mal...) si Brice Hortefeux, Ministre de l'Intérieur, proclamait : "Je veux servir les Hauts-de-Seine" ?
05 novembre 2009
Peut-on être publicitaire sans un minimum de rigueur ?
On a pu entendre parler il y a quelques semaines d'une campagne d'affichage qui proclamait qu'un jeu vidéo de basket (NBA 2k10) était le meilleur jeu de tout les temps. On peut s'étonner de voir des fautes d'orthographe de cet acabit s'étaler en 4X3 dans les couloirs du métro. On ne devrait pas. En fait, quiconque a un peu enseigné ou fréquenté des enseignants au cours des dix dernières années est parfaitement au courant que les étudiants ne savent plus écrire correctement. La faute à la télé, aux SMS, aux jeux vidéos ou aux bandes dessinées ? Peut-être en partie, mais ça ne peut pas expliquer tout. Moi-même j'ai passé quelques heures de mon enfance à lire et relire des Bob et Bobette dont la traduction française était désastreuse, mais ça n'a pas conditionné mon orthographe plus que ça. Enfin bref.
Depuis au moins dix ans, donc, on sort des diplômés qui ne savent pas écrire. Forcément, ces gens finissent tout de même par trouver du boulot. Pendant un moment, ils étaient encore en minorité. Dès lors, dans la chaîne des créatifs et des techniciens qui se relayaient pour produire une affiche publicitaire, il s'en trouvait toujours au moins un de la vieille école pour relever les erreurs des autres et les corriger. Ainsi le jeu NBA 2k5 était-il encore certainement le meilleur jeu de tous les temps. Mais il semblerait qu'on ait maintenant atteint ce qu'on pourrait définir comme le seuil de percolation de l'incompétence orthographique. Il y en a désormais sur toute la chaîne, et les choses ne sauraient donc guère plus s'améliorer. Va falloir s'y habituer. Peut-être le colleur d'affiches est-il le dernier à réaliser qu'il y a un truc qui cloche, mais c'est trop tard, il ne peut plus rien y changer. Vraisemblablement le jeu NBA 2k15 sera-t-il le meyeur je 2 tou les tans.
Dans le même ordre d'idée, une récente réclame télévisée pour un produit lessiviel quelconque mais concentré annonce fièrement que 750ml = 3 L. On peut s'offusquer du fait qu'un tel slogan risque de semer le trouble dans l'esprit des enfants, perturbant leurs connaissances mathématiques encore instables et relativisant maladroitement le concept d'égalité. On peut s'en offusquer, certes, mais il y a pire. Si l'on passe outre cette conception douteuse de l'égalité, il reste en effet de nombreuses choses à critiquer dans la manière dont cet énoncé inepte est écrit...
En effet, si l'on se réfère aux recommandations du Bureau International des Poids et Mesures, l'écriture de la valeur d'une grandeur implique nécessairement d'intercaler entre la valeur et l'unité un espace. Dès lors, plutôt que 750ml, il faudrait écrire 750 ml. On voit en effet que c'est tout de même plus lisible. En outre, reste la question de l'écriture du symbole représentant le litre. La bataille fait rage entre les partisans du L majuscule, qui permet d'éviter de confondre le l minuscule avec un I majuscule ou le chiffre 1, et celle des partisans du l minuscule, qui prétendent réserver les symboles majuscules aux unités dont le nom dérive d'un nom propre. En effet, ce n'est pas Monsieur Litre qui a inventé le litre, alors que c'est bien Monsieur Ampère qui a inventé l'ampère. Personnellement, je préfère le L majuscule, mais chacun est libre de choisir. Le BIPM lui-même n'a pas encore été capable de trancher cette épineuse question, la 16ème réunion de la CGPM de 1979 ayant laissé le soin à la 18ème réunion de s'en occuper en 1987, et la 18ème réunion ayant pris la courageuse décision d'enterrer discrètement le dossier, préférant s'intéresser au délicat problème de la définition de la seconde. Il en résulte qu'il est aujourd'hui possible d'écrire 750 ml comme 3 L. Mais pas dans le même énoncé, foutrecul !
En espérant que tout ceci n'empêche pas les créatifs qui s'occupent de la communication de Lénor ou de NBA 2k10 de s'acheter une Rolex avant leur cinquantième anniversaire.
03 novembre 2009
Les nains ont-ils plus le droit de polluer ?
La question peut sembler saugrenue. Et pourtant, elle est plus que jamais d'actualité. En effet, l'article 5 bis de la loi de finance pour 2010, adoptée en première lecture à l'assemblée nationale, prévoit d'insérer dans le code des douanes un article 266 quinqies D (je sais, c'est super technique jusqu'ici, mais après ça se simplifie) qui vise à exempter de la taxe carbone les personnes de petite taille.
Rappelons que la taxe carbone, c'est entre autres, un supplément qui sera payé à la pompe lorsqu'on fera le plein, à condition qu'on ne soit pas routier, taxi, exploitant agricole, ou, donc, et c'est nouveau, nain. Pourquoi exempter certaines catégories de personnes de cette taxe carbone ? Parce qu'on leur reconnaît une nécessité absolue, inhérente à leur activité ou à leur nature, de faire le plein régulièrement, et pas seulement par plaisir ou par luxe. Moi, je peux bien la payer, parce que si j'étais pas une feignasse, je prendrais les transports en commun plutôt que ma voiture pour aller bosser. Mais les chauffeurs de taxi n'ont pas le choix. Et, apparemment, les nains non plus.
On peut certes se demander en vertu de quoi la nature des nains les empêche de prendre le train ou le métro. A la limite, s'ils exercent la profession de chauffeur de taxi, on comprend bien, mais dans ce cas, ils sont chauffeurs de taxi avant que d'être nains, et donc peuvent déjà au titre de leur activité bénéficier de l'exemption. Mais là n'est pas le propos. Si les députés en ont décidé ainsi, c'est certainement qu'il y a d'excellentes raisons techniques pour justifier le droit aux nains à polluer gratuitement. Enfin on peut le supposer.
Mais la mise en œuvre de cette exemption n'est pas prévue par la loi de finance, et c'est là que le bât blesse. Car la taxe carbone, on l'a vu, sera prélevée à la source sur la facture de carburant. L'exemption nécessite donc qu'un dispositif spécial soit mis en application pour permettre aux nains soit de ne pas la payer en premier lieu, soit de se la faire rembourser par la suite. On comprendra que la première solution est difficile à mettre en œuvre. Il faudrait en effet, dans chaque station service, installer des pompes spéciales pour les nains, et la société n'est manifestement pas prête à assumer le coût d'une telle mesure. Reste donc à trouver le moyen de rembourser après coup...
Et là, on imagine assez bien une armée de nains, guidés par Eric Woerth et Christine Lagarde, se lancer à l'assaut de la forteresse de Total à la Défense, telles les troupes de Frodon lancées à l'assaut de Barad-Dûr, la tour de Sauron, brandissant leurs tickets de station service pour exiger le remboursement de la taxe.
On l'aura compris, on est tout de même assez proche du grand n'importe quoi, et il est regrettable que certains députés puissent se croire autorisés à s'amuser à déposer des amendements placés aussi haut sur l'échelle de l'ineptie. Reste à espérer que le Sénat ou la commission mixte paritaire trouve le courage d'annuler les amendements de ce genre. Mais c'est pas gagné d'avance...
27 octobre 2009
Evolution
Bien. Force est de constater que, depuis quelque temps, et malgré une fréquentation relativement bonne et de qualité, ainsi qu'en témoignent les échanges dans les commentaires des derniers messages, Derechef peine à s'enrichir en termes de contenu. Il y a à cela plusieurs raisons sur lesquelles il n'est pas nécessaire de disserter.
Mais que l'on se rassure (ou que l'on s'en foute, c'est à chacun de voir...), Derechef n'est pas mort. En revanche, il va mener une vie un peu différente.
Certaines rubriques, notamment le dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même), vont se retrouver désormais sur le blog à l'adresse mégalomaniaque de l'ami Gilles, que je co-animerai. Nous espérons avoir sur cette nouvelle plateforme, inaugurée suite à la publication de son excellent (enfin je ne l'ai pas encore fini, mais ça démarre bien) bouquin Comment ai-je pu croire au Père Noël ? (sortie le 5 novembre), une meilleure visibilité.
Vous trouverez donc rapidement à cette adresse une sélection des meilleurs moments de Derechef (en tout cas ceux que nous considérerons comme tels), et nous promettons d'y retrouver un rythme d'alimentation plus régulier, de l'ordre de au moins une contribution chacun par semaine.
Certaines rubriques, hors ligne éditoriale, continueront à l'occasion à être alimentées sur Derechef, comme par exemple le Manuel d'Altérophobie à l'Usage des Haineux à Court d'Arguments. Ici sans promesse de rythme, mais avec toujours autant de plaisir.
24 septembre 2009
- Alex, vous aviez raison : je suis amoureux !
- J'en suis bien content et je félicite derechef Monsieur.
- Humm... Vous m'avez déjà félicité hier soir et je n'ai pas dormi de la nuit. Dois-je m'attendre cette fois à ne pas dormir de la journée ?
22 septembre 2009
On peut être poète et cohérent, bordel !
C'est vrai, quoi, c'est pénible. Sous couvert de licence poétique, combien d'écrivaillons, combien de besogneux pollueurs de papier nous agacent l'entendement par leurs élucubrations incongrues et scientifiquement inacceptables. La terre est bleue comme une orange. Drogué, va ! C'est proprement insupportable. Et le plus difficile à avaler, c'est quand même les plus grands se laissent aller à de telles affligeantes facilités. Même Boris Vian, je viens de le découvrir. Boris Vian ! Le coup dur, quoi...
Lorsqu'il adapte, au demeurant de manière fort sympathique, Kisses sweeter than wine sous le titre Ses baisers me grisaient, vraisemblablement pour Juliette Gréco, ça peut se vérifier, il commet l'irréparable... En partant pour la noce avec son cheval brun il a croisé une rousse au détour du chemin, elle avait la peau fraiche et le nez retroussé, alors il l'a suivie sans même se retourner.
N'importe quoi ! Trop pas possible ! Si tu croises une rousse, c'est qu'elle arrive face à toi, puteborgne ! Par suite, pour la suivre, il te faut nécessairement te retourner. Tu ne peux pas suivre sans te retourner une rousse que tu croises. Même si elle est brune. T'es obligé de te retourner ! Ou alors, tu la suis à reculons, mais c'est quand même super pas crédible. Surtout à cheval. Faut déjà être sacrément bon cavalier pour faire marcher un cheval à reculons.
La déception. Boris Vian qui se répand en inepties...
Nana Mouskouri, lorsqu'elle reprend la chanson un peu plus tard, commet la même absurdité. A la limite, on lui pardonne, elle est grecque, elle parle pas vraiment la langue, et peut-être qu'en Grèce les gens se suivent à reculons. C'est possible. J'y crois moyen, mais c'est possible. Mais quand, plus récemment, Emilie Loizeau ne change pas un mot de ce texte imbécile, c'est inacceptable. Se permettre de propager de telles horreurs au vingt-et-unième siècle est à la limite du criminel. D'autant plus qu'entre temps, et il faut lui en rendre grâce, Hugues Aufray avait eu le bon goût de rétablir la vraisemblance en transformant le vers débile en Alors je lui ai dit voulez-vous m'épouser. Ce qui est assez parisien.
31 juillet 2009
Dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même)
Troze adv., excès de cuir
Comme taitre ou vins, troze appartient à la famille des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) pataquèsifs. Troze s'utilise quand il est question de quelque chose que ce serait mieux si c'était moins et qui commence par une voyelle. Par exemple, quand on est en présence d'une injustice flagrante et démesurée, on doit dire que c'est vraiment troze injuste. En effet, l'expérience montre que si l'on s'aventure à dire que c'est vraiment trop pinjuste, on s'expose systématiquement sinon aux quolibets, du moins à des gros yeux. Ce qui est vraiment troze injuste, parce qu'en fait on devrait dire trop pinjuste, en vrai.
On a trop souvent (là on ne peut pas dire troze, car souvent ne commençant pas par une voyelle, nul n'est besoin de tergiverser sur la liaison) l'impression que troze n'est employé que par des candidats petitement cérébrés d'émissions de télé-réalité (e.g. Nan, tu vois, sérieux, j'veux dire, je trouve que Jonathan il est troze énervant à vouloir être le chef de la maison, tu comprends...). En fait non, on trouve des usages de troze même chez des gens au-dessus de tout soupçon. Ainsi, dans sa chanson Strindberg 2007*, sous-titrée (à une autre banale harriet bosse, à une autre mécanique féminine vénale), Hubert-Félix Thiéfaine affirme-t-il : "T'étais juste une fille comm' les autres, jolies rondeurs belles fissures, blonde mais pas de quoi faire honneur à mes troze anciennes blessures".
Il vieillit un peu Thiéfaine, non ? Maintenant, ses textes ne sont presque pas plus compliqués à comprendre que le Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein. Sauf les titres, peut-être...
* Dans son plaisant album de duos avec Paul Personne, Amicalement Blues.
05 juillet 2009
Sûr qu'elle n'entend rien à la mécanique, y a pas une souris qui y comprenne quoi que ce soit, elles confondent l'admission avec l'échappement et prennent les bougies pour un éclairage de secours.
-Oh! elle crie. Alors, j'ai plus de bateau ?
Sur mon signe négatif, elle chiale derechef. Elle est mignonne, cette fille.

